Patrie, nation, Etat

Patrie

L'amour de la patrie est un élargissement de l’amour de soi, du prochain, de l'amour familial, c'est le tremplin vers l'amour de l'Humanité.

S'en tenir à l'amour de la famille, c'est s'arrêter en chemin. S'arrêter à l'amour de son pays, c'est ne plus voir que les autres peuples ont eux aussi Dieu pour père ( c'est l'erreur du nationalisme : le sentiment de supériorité). Sauter directement à l'amour de l'Humanité sans l'aimer quand, à travers la famille ou son pays, elle est proche de nous, est une folie. Prétendre aimer le Père alors qu'on n'aime pas son frère humain est un mensonge

L'amour de la patrie, 

  • C’est étymologiquement l’amour de ce qu’on a reçu de ses pères et, au-delà d’eux, du Père qui est aux Cieux.

  • C’est l’amour de sa part d’héritage comme la partie d’un tout (spirituel, humain, écologique, culturel) qui nous est confié et qu’on doit développer (la France n'est pas un musée, nous n'avons donc pas à être conservateurs) et transmettre (nous sommes tournés vers la vie, vers l'avenir).

  • C’est reconnaître qu’on est comme un anneau d’une chaîne mystique unissant verticalement le monde visible au monde invisible, et horizontalement les êtres, les familles et les nations.

  • L’amour du prochain participe de l’amour du Père, comme l’amour de la patrie préfigure (et participe de) l’amour de toutes les nations.

  • L’amour de la patrie terrestre préfigure (et participe de) celui de la patrie céleste.
  • L'amour de la patrie doit être compris à travers le prisme :

    1.     du Notre Père

    2.     de la Communion des Saints

    3.     de l'Épiphanie

    4.     de la Fête du Christ roi de l'Univers

    1/ On ne prie pas en disant "mon Père"  mais "notre Père" :

    ·         l'homme prie à la fois personnellement et en communauté, et dans un cadre  filial.

    ·         C’est la paternité de Dieu qui fonde la fraternité humaine : dans le projet divin, la fraternité humaine n’est pas divisée en nations, mais formée de nations.

    ·         "Que ta volonté soit faite sur la terre comme au Ciel" fonde la citoyenneté des enfants de Dieu, car cette volonté se fait par notre action.

    2/ la Communion des Saints

    ·         le patriotisme se manifeste d’abord par la prière en commun et les uns pour les autres.

    ·         il préfigure l’union des patries terrestre et céleste vers un même but : le triomphe du Roi dans toute sa création.

    ·         L’amour de soi, de sa patrie est un tremplin vers l’amour des autres et du monde puisque tout vient de Dieu

    3/ l'Epiphanie

    ·         Dieu a élu les juifs pour mieux se révéler aux autres : Il se sert des Hébreux comme d’un tremplin pour assurer le salut de toutes les nations.

    ·         La Révélation faite, la Bonne Nouvelle s’adresse à "toutes les nations". Pour cela, chaque nation use des talents propres qu’elle a développés par sa culture, pour le bien commun de l’humanité.

    ·         Chaque pays a une vocation chrétienne, car chaque pays est fondé sur une culture ; or si l'on la résume, la culture est la recherche de l'harmonie artistique et sociale, du Vrai et du Beau : c’est-à-dire, souvent inconsciemment, de Dieu.

    4/ la Fête du Christ roi de l'Univers

    ·         Dieu est l’alpha et l’oméga. Créateur, création et créature sont intrinsèquement unis, patries terrestre et célestes doivent donc l’être pour que l’harmonie du cosmos soit respectée

    ·         Nous sommes intrinsèquement nous-mêmes quand nous développons les talents reçus de Dieu soit personnellement soit en communauté familiale, paroissiale, nationale, humaine.

    ·         Dieu ne préside pas : Il règne, et ne peut le faire que par nous : personnellement, en famille, en nation

    La "Patrie" c'est ce qu'on a reçu de ses pères et du Père, c'est l'héritage

    Une "nation" c'est l'ensemble des héritiers d'une patrie terrestre au sein de la grande patrie mondiale créée par le Père

    Nation (aucun lien ici avec Rousseau)

    ·         Selon Jean Paul II dans son discours à l’UNESCO, la nation est fondée par sa culture 

    ·         La "nation" ne se comprend correctement qu'à travers la notion de "patrie" qui unit au Père et à tous ses autres enfants, notion de "patrie" qui unit la nation à laquelle on appartient, à toutes les nations du monde : un Père, tous frères. 

    ·         Dieu ne favorise pas un de ses enfants au détriment d’un autre. Il les aime tous, et leur donne, à tous, des talents personnels qui vont concourir au  bien commun : "C'est toujours pour le bien commun que le don de l'Esprit se manifeste dans un homme" (1 Corinthiens 12,7).

    De même, Dieu aime toutes les nations et veut qu'elles concourent toutes au bien Commun selon les talents qu'elles développent par leur culture.

    ·       N'étant pas fondées par le Christ, les nations ne sont pas saintes mais leur recherche d'organisation du Bien Commun des enfants du Père céleste est une sanctification comparable à celle des parents cherchant à élever chrétiennement leurs enfants : « la nation est le prolongement de la famille » (Doctrine Sociale de l’Église)

    ·         Puisque la nation est "le prolongement de la famille" et que la famille est "l’église domestique",

    o    alors, au plan spirituel, le rôle de la nation est en fait d’organiser les églises domestiques pour sanctifier la vie profane et répondre à l’appel du Notre Père : "que Ton règne vienne sur la terre comme au Ciel".

    La nation pour bien gérer son héritage a besoin de s'organiser : l'Etat

    Etat

    • L'Homme est sociable par nature. C'est un fait anthropologique que la Génèse ne fait que constater en disant "il n'est pas bon que l'Homme vive seul". C'est pourquoi la doctrine chrétienne parle de la "personne" (l'être selon ce qu'il est et selon le rôle qu'il joue auprès des autres) et non de l'individu.
    • L'Homme est fait pour s'aimer et aimer, l'amour est ce qui pousse à agir, à se servir de ses talents ; l'amour de soi et du prochain est donc parfaitement naturel.
    • La foi chrétienne qui repose sur cet amour en le reliant au Père fonde la fraternité humaine
    • "La foi chrétienne est donc intrinsèquement sociale" (Pape François) et ce souci social est naturel à l'Homme. Dieu ne demande rien à l'Homme qui soit contre sa nature, rien dans l’Évangile n'est contraire à la nature de l'Homme ( "ce qui est juste en philosophie est juste en théologie" - saint Augustin).
    • Dieu a béni l'organisation par les hommes de leur vie commune : les tribus, les cités, les états car il s'agit d'organiser le bien commun.
    • Émanant d'un désir autant que d'un besoin anthropologique (vivre en société) de la personne, l'Etat, légitime en soi, doit rester dans sa mission de "pourvoir au bien commun" des personnes dans un cadre qui respecte la nature anthropologique des personnes qui le forment.
    • Un Etat n'est légitime et durable que s'il respecte la nature des choses et de l'humanité. Sans quoi, il se coupe de ce qui l'a fait naître. Coupé de ses racines, un arbre se dessèche et meurt. Un Etat qui fait le choix du néant va vers le néant ; il ne faut pas en avoir peur.

    Un petit schéma qui résume bien sur le site des Oblats : http://www.oblat.net/

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